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Wikileaks

7 décembre, 30 novembre : au Point de Presse, le Porte-Parole du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes a fait les déclarations suivantes ...

" 7 décembre :

...

9 - WIKILEAKS

Q - Avez-vous un commentaire sur l’arrestation de Julian Assange ?

R - Je comprends que cette arrestation, si elle est confirmée, intervient dans le cadre d’une procédure judiciaire qui est en cours. Je n’ai pas de commentaire particulier à faire, laissons la justice faire son travail. En revanche, concernant tout ce qui s’est passé sur WikiLeaks au cours des derniers jours, j’ai eu l’occasion de m’exprimer à de nombreuses reprises en particulier sur le caractère irresponsable à bien des égards de cette initiative.

Q - Regrettez-vous que certains pays restent transparents et que le site soit accessible sur leur territoire ?

R - Notre position est très claire. Eric Besson s’est exprimé à ce sujet il y a quelques jours. En termes d’appréciation politique, nous avons dit un certain nombre de choses qui étaient claires. Le président de la République a lui-même déclaré que nous avions atteint "le niveau suprême de l’irresponsabilité".

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30 novembre :

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7 - WIKILEAKS

Q - Vous avez déjà dit que vous ne souhaitiez confirmer aucun propos, mais pensez vous que certains documents pourraient nuire aux relations de la France avec certains partenaires, les Etats-Unis, mais aussi la Russie. The Guardian reprend les propos du conseiller diplomatique de l’Elysée disant que "pour la Russie, un bon voisin est un voisin complètement soumis." Ne craignez-vous pas que nuise aux relations entrez la France et la Russie ?

R - Je voudrais faire quelques remarques d’ordre général.

D’abord il convient de rappeler - cela l’a été encore aujourd’hui de la part du président de la République par la voix du Porte-parole du gouvernement - que cette initiative, si on peut appeler cela une initiative, est totalement irresponsable. Je crois qu’à partir de là il faut se poser un certain nombre de questions.

La première question est "est-ce que ce grand déballage de documents apporte quelque chose" ? Cela veut dire "est-ce que cela peut aider à la solution des problèmes qui se posent dans le monde aujourd’hui et des problèmes auxquels les diplomaties travaillent". La réponse est non.

La deuxième question qui se pose est de savoir quelles sont les conséquences de cette rupture massive de confidentialité. Il faut rappeler que la confidentialité est la garantie de la confiance. Qu’est-ce que la confiance ? C’est la garantie du dialogue, de l’échange, de la négociation. Et cela, c’est quoi ? Cela est précisément le carburant de la diplomatie. C’est une chaine et si un élément de celle-ci est rompu, cela veut dire que l’on ne peut plus traiter sérieusement, avec efficacité et avec le souci de trouver des solutions aux problèmes. On ne peut plus y arriver. C’est la première conséquence.

La deuxième conséquence est qu’il faut se poser des questions quant à la sécurité de certaines personnes. Ce n’est plus de la rupture de confidentialité mais de la rupture de sécurité pour un certain nombre de personnes. Ceci est une responsabilité très grave.

Q - Parlez-vous des diplomates américains ou d’autres personnes ?

R - Non, je ne pense pas aux diplomates américains. Je pense aux personnes avec lesquelles on a établi justement suffisamment de confiance pour parler et dialoguer.

A partir de là, je crois que cette affaire doit nous amener à réfléchir.

D’abord en matière d’effort et de mobilisation permanente sur la sécurité et la sécurisation de nos propres modes d’acheminement de nos correspondances diplomatiques. C’est un travail que nous faisons en permanence.

La deuxième voie sur laquelle il faut travailler est, compte-tenu du haut degré d’irresponsabilité qui a été atteint dans cette affaire, qu’il est plus important que jamais de travailler de manière encore plus étroite avec nos partenaires, à commencer par nos partenaires américains. La troisième direction est de se poser un certain nombre de questions sur le statut juridique de la publication de ces documents et de savoir à quoi doit servir internet dans le monde d’aujourd’hui. Peut-on y faire n’importe quoi ? Peut-on y publier n’importe quoi ? Quel est le degré de responsabilité de celui qui met quelque chose sur internet ? Quel est le degré de responsabilité de celui qui utilise quelque chose sur internet ? etc… Je pense que nous allons traiter de plus en plus à l’avenir de cybercriminalité et cyber sécurité. Nous avons un vaste sujet de réflexion en commun au sein de la communauté internationale et naturellement, dans cette perspective-là, la France apportera toute sa contribution.

Q - Que pouvez-vous dire en ce qui concerne la relation avec la Russie ?

R - En ce qui concerne la Russie, je viens de passer un bon moment à vous expliquer que nous avons d’excellentes relations avec ce grand partenaire. Nous sommes sur le point d’achever une coopération, sur internet précisément, de manière tout à fait innovante. Il faut bien qu’internet serve davantage à faire des manifestations culturelles plutôt qu’à mettre la vie de personnes en danger comme c’est le cas avec cette affaire Wikileaks. Avec la Russie, je vous le redis, les relations sont absolument excellentes. Les années croisées France-Russie ont été un immense succès culturel, populaire et politique parce qu’elles étaient l’expression de la qualité de cette relation entre Paris et Moscou. Une qualité de relation sur laquelle nous allons naturellement continuer à travailler avec ardeur.

Q - Tout le monde a accès à Wikileaks et les informations sont reprises dans les grands quotidiens internationaux, y compris Le Monde. Qu’elles que soient les natures des révélations, il y a quand même des conséquences. Vous les avez évoquées. Mais les Etats-Unis, qui sont les premiers concernés, ont pris les devants en établissant des contacts accélérés avec les partenaires internationaux pour éviter qu’il y ait des choses qui soient mal comprises ou mal interprétées. La France est aussi citée. Est-ce que la France a pris contact avec ses partenaires, comme le Venezuela ou l’Iran, pour éviter qu’il y ait des problèmes ? Avez-vous déjà eu des retours d’un certain nombre de pays partenaires par rapport aux allégations et publications par Wikileaks ?

R - Je rappelle qu’Hillary Clinton s’est entretenue au téléphone avec Michèle Alliot-Marie la semaine dernière. D’autre part, je rappelle qu’Hillary Clinton s’est expliqué sur le sujet lors d’une conférence de presse au Département d’Etat.

En ce qui nous concerne, il y a deux choses. La première est, j’ai bien pris soin de le dire hier d’entrée de jeu, que nous ne confirmons aucun des propos prêtés à aucun de nos diplomates ou de nos autorités. Deuxièmement, oui, nous avons des contacts avec les uns les autres, et ce, en permanence.

Q - Avez-vous déjà eu des contacts avec des partenaires à ce sujet ?

R - Avec tout le monde en permanence.

Q - Depuis hier vous répétez : "Nous ne confirmons aucun de ces propos". La répétition de cette négation met en cause ou bien les propos eux-mêmes rapportés par les diplomates américains concernant ce que vous niez. Une deuxième chose : ne pensez-vous pas que cet appel à la vérité qui s’est établi dans le monde à cause du développement d’internet nécessite une plus grande transparence dans l’exercice de la politique, ce qui interdirait ce genre de soif de vérité vu le décalage entre les cercles politiques, les cercles gouvernants et ces six milliards d’hommes qui ont maintenant accès à l’information via internet. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

R - Je suis d’accord. Cela dit, je rappelle que je ne nie pas. Je répète que je ne confirme pas. C’est différent. Deuxièmement, je reviens à ce que je disais tout à l’heure. Que tout soit sur la place publique, pourquoi pas. Mais la question à se poser est : "est-ce que ça fait avancer les choses ?". Ma réponse est non. "Est-ce que cela permet de trouver une solution aux problèmes du monde ?". Tous ces problèmes dont je pourrais faire une liste infinie, sur lesquels les diplomates travaillent, sur lesquels nous essayons de trouver des solutions qui permettent d’avoir la possibilité d’avancer, de réussir une négociation, de faire bouger les lignes, etc. La question qu’on se posait, c’est celle dont je parlais tout à l’heure : est-ce que tout cela, indépendamment du risque de l’irresponsabilité sur la sécurité de certaines personnes, fait avancer les choses ?

Q - Cela met en évidence le double langage. L’opinion publique a soif de ce type d’informations.

R - Il y a le langage et les positions qui sont arrêtées. Moi-même j’ai été ambassadeur. Je sais ce que c’est que d’écrire un télégramme diplomatique, j’en ai écrit beaucoup dans mes très nombreuses années de carrière professionnelle. Mais il faut faire une différence entre ces correspondances diplomatiques qui sont pour l’essentiel de la retransmission d’informations de terrain ou d’éclairages de terrain vers la capitale, vers les autorités, et d’autre part l’adoption, la définition de positions. Et c’est tout à fait différent. Et on ne décide pas une position diplomatique à titre national en fonction de tel ou tel télégramme reçu de tel ou tel ambassadeur rapportant tel ou tel propos. C’est un élément d’appréciation, de jugement, d’analyse, de contexte, mais c’est un élément parmi beaucoup d’autres qui permettent ensuite aux décideurs qui, eux, sont dans les capitales, de prendre leurs responsabilités. Attention au risque de confusion entre ce que peut véritablement représenter une correspondance diplomatique, et le processus de prise de décision à titre national sur une ligne politique.

Q - Cela montre une grande …Inaudible… dans les relations internationales.

R - C’est votre conclusion. Moi je trouve que c’est aussi le signe d’une grande irresponsabilité de la part de ceux qui ont fait cela.

Q - J’ai appris hier que la convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961, mise en vigueur 1964, régit les relations entre les diplomates. J’ai lu la convention et je n’ai pas vraiment réussi à voir où il était interdit de mettre un coton-tige dans le verre de son interlocuteur ou de lui prendre un cheveu sur le col de son manteau. Il n’y avait pas marqué noir sur blanc de ne pas se livrer à des pratiques d’espionnage. Il était seulement inscrit que l’intégrité de la personne doit être respectée. Est-ce que cela suffit pour rendre une hypothétique pratique de ce genre hors jeu ?

R - On a commencé à s’intéresser à l’ADN d’un point de vue médical et scientifique après la signature de la convention de Vienne sur les relations diplomatiques qui a été signée en 1961 et sur les relations consulaires en 1963. Donc à l’époque on était loin des pratiques que vous décrivez. Mais cette convention par définition rappelle un certain nombre de principes et de règles qui doivent être respectées pour permettre aux diplomates de tous les Etats de faire leur travail dans un cadre juridique sui soit à la fois protecteur pour eux, mais qui soit aussi une garantie pour le pays dans lequel ils sont accrédités. C’est un équilibre très subtil qui a été établi dans cette convention, dont je rappelle qu’elle est un des piliers essentiel de l’organisation des relations diplomatiques.

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